Témoignages

P.L.U.M.E.S – Écriture bienveillante 

« À ce jour, dans le cadre d’un centre de détention ou pénitentiaire, c’est l’un des ateliers les mieux conçus que j’ai eu l’opportunité d’expérimenter.

L’attention, la présence, la capacité à écouter et entendre pleinement constituent peut-être quelques-uns des fondements de l’initiative. Bien que pouvant apparaître comme simples et évidentes, ces qualités essentielles facilitent toute relation/communication et se révèlent être tout un art !

L’atelier est minutieusement préparé. Le contenu de chaque séance semble être imaginé, réfléchi, réadapté, recalibré en fonction des sessions précédentes et selon l’homogénéité des participants.

Solidement documenté, la pédagogie, si on peut la qualifier ainsi, est fluide, absente de jugement, non dualiste, ouverte à l’imprévu, sans digressions trop importantes.

L’apprentissage va au-delà d’un simple formalisme qu’un atelier formel. Elle se différencie, se situe en profondeur, dans une approche globale et les détenus le comprennent vite ( lorsque c’est le contraire, le détenu le comprend aussi, il « s’emmerde » et abandonne, ce qui n’est pas le cas ici ).

Au niveau du participant, il est probable que la faculté créative endormie est réveillée, elle devient une capacité plus consciente et active. En effet, en discutant et observant ces détenus ( mes collègues ), je réalise qu’ils prennent conscience de leurs capacités avec le plaisir d’écrire pour eux et leurs proches ( dans leur box ). Certains comprennent qu’ils aiment et/ou préfèrent tel ou tel style littéraire…

Le résultat se fait sentir dans l’après-séance. C’est-à-dire en « off », et qui ne peut être directement observable par un membre de l’équipe pluridisciplinaire de la pénitentiaire.

Et c’est là que ça devient intéressant !

Les détenus ayant participé à ce genre d’ateliers se regardent davantage dans les yeux, lorsqu’ils se disent bonjour dans la cour. Ils sourient entre eux. Ils viennent spontanément vers l’autre.

Le manque d’assurance, d’aisance, d’audace, s’atténue graduellement selon les personnes. Ceux qui ont de « grandes » difficultés à l’écriture se « débloquent ». Désacraliser l’écriture, les livres, redonne confiance aux participants. Après les séances, ils discutent de sujets difficiles et sérieux.

Certains s’expriment encore plus après les séances, teintent leurs propos selon leurs croyances, connaissances. Ce qui semble tout aussi important si cela aide la personne. Tout en rappelant que l’atelier est 100% laïque, comme nous l’a rappelé continuellement l’intervenante.

De toutes ces semaines, aucun « moucatage », « la di la fé » ou moqueries n’a été constaté pendant et après l’atelier, ce qui peut sembler étrange à certains égards.

Les remerciements, les sourires, les applaudissements, les silences, les pauses, font partie intégrante de ces ateliers. C’est un mouvement authentique.

Il est probable que les participants de cette « promotion » constituaient dès le départ un terreau propice. Et cette pensée est peut-être trompeuse, illusoire. Car il est aussi possible que nous sommes tous capables d’entrer dans un processus créatif, un processus long de changement, s’il est impulsé avec bienveillance.

Puisse ce type d’atelier aider le plus grand nombre vers un bien-être durable, vers la voie d’un Bonheur possible. »

Un détenu participant à la première expérimentation

du programme P.L.U.M.E.S – écriture bienveillante.

La Réunion, avril 2018

 

 

Publicités